Rue Mass Diokhané : la justice désigne un expert pour mesurer l'impact du recasement des ambulants

La chambre administrative de la Cour suprême du Sénégal a désigné l'expert Amara Touré pour situer "les contours et l'impact" du projet du maire Khalifa Ababacar Sall d'installer les commerçants sur la rue El Hadj Mass Diokhané de Dakar, a appris l'APS, vendredi, de source judiciaire.

La présidente de ladite chambre, Fatou Habibatou Diallo, a rendu jeudi dernier une décision sur la requête introduite, un mois plus tôt, par des habitants et riverains de la rue El Hadj Mass Diokhané, dans la commune d'arrondissement de Dakar-Plateau. 

Dans sa décision, signale la même source, elle a ordonné "une expertise aux frais des requérants à l'effet de déterminer les contours et l'impact du projet initié par le maire de la ville de Dakar portant recasement de commerçants sur la rue Elhadj Mass Diokhané". 

La chambre administrative a en outre désigné "Amara Touré, expert, à l'effet d'y procéder", tout en décidant également de signifier "la présente ordonnance au maire de la ville de Dakar", ajoute la même source. 

"Nous saluons cette décision historique et courageuse", a déclaré Me Bara Diokhané, qui défend les intérêts des plaignants dans cette affaire mettant en cause le projet de recasement des marchands ambulants sur cette rue de Dakar. "Une jurisprudence est née au Sénégal le 9 janvier 2014", a souligné l'avocat. 

Après le bras de fer remporté sur les commerçants récalcitrants du centre-ville de Dakar, la décision de l'autorité municipale de la ville se heurte, à nouveau, à d'autres formes de résistances dans le centre-ville de la capitale sénégalaise, notamment celle du collectif appelé Renaissance Dakar-Plateau. 

"C'est la première fois dans l'histoire du Sénégal, que la Cour suprême a l'occasion d'exercer une compétence importante que lui a attribuée la loi organique 2008-35 sur la Cour suprême, notamment dans ses dispositions spéciales relatives aux recours en matière administrative", a relevé Me Diokhané. 

Selon lui, l'ordonnance de la juridiction a satisfait plusieurs attentes citoyennes. "En se prononçant de la sorte sur la requête des habitants de la commune de Dakar-Plateau, la Cour suprême s'est non seulement estimé compétente, mais a déclaré l'action recevable, et bien fondée", a-t-il expliqué. 

"Cela veut dire, en pratique, que désormais, au Sénégal, il existe ce qu'on appelle un référé administratif, c'est-à-dire un moyen procédural accordé à tous les citoyens, permettant de soumettre d'urgence devant le premier président de la Cour suprême, ou le président de la chambre administrative de la Cour suprême, les travers de l'administration, lorsque ceux-ci portent atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Constitution", a-t-il ajouté.