Sénégal: le blocage d’un emprunt dakarois fait polémique

RFI: Pour financer ses projets, la ville de Dakar devait lancer en ce mois de mars, avec la fondation Bill Gates, l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID) et la Banque mondiale, un emprunt obligataire de 20 milliards de francs CFA (30 millions d'euros). Mais voilà, au dernier moment, le gouvernement a décidé de bloquer l'emprunt au grand dam du maire de la capitale, le socialiste Khalifa Sall, qui s'est expliqué vendredi 13 mars lors d'un conseil municipal.

Jeudi 12 mars, à l'Assemblée nationale, lors des questions au gouvernement, le Premier ministre Mahammed Dionne a évoqué des raisons techniques, notamment le niveau d'endettement de la ville de Dakar, pour justifier la décision de l'Etat sénégalais.

Certains conseillers municipaux pensent plutôt que l'objectif est de bloquer un potentiel adversaire du président Macky Sall à la prochaine présidentielle. Le maire de Dakar ne va pas jusque-là : « Pourquoi maintenant ils [disent] que ce sont des raisons techniques ? Il n’y a plus d’arguments techniques valables. Ce qui nous gêne, c’est que l’Etat du Sénégal puisse se dédire parce que tous les partenaires se sont tous engagés, parce que l’Etat nous avait donné un avis de non objection. » Est-ce alors une décision contre Khalifa Sall ? « Non, pense l’intéressé. En tout cas, on ose croire, on ose espérer que l’Etat du Sénégal n’est pas à ce niveau. »

Ibrahima Fall, conseiller municipal du parti présidentiel l'Alliance pour la République (APR), estime lui que le gouvernement est dans son rôle : « L’Etat n’a pas intérêt à bloquer un projet, mais l’Etat a le droit de regard. Le seul problème est que Khalifa Sall aujourd’hui a des prétentions par rapport à la présidentielle de 2019. Il pose chaque jour des actes de défiance vis-à-vis de l’Etat pour montrer à tout le monde "voilà je suis victime", alors que ce n’est pas le cas. »

Pour le moment, le maire de Dakar entend privilégier la discussion mais attention, prévient-il, « nous sommes tenus par des délais ».