AFRICITES 7: Le continent trace ses priorités à l’horizon 2063

  • Le 7e sommet des gouvernements locaux, une opportunité pour lutter contre la division
  • Pauvreté, terrorisme, corruption, durabilité…les défis du continent débattus à Johannesburg
  • Utiliser la raison pour assurer une «Afroresponsabilité», le mot d’ordre

En 2063, le continent africain compterait 1,6 milliard d’âmes, 25 de ses pays seraient parmi les plus pauvres au monde…avec des difficultés énormes (famine, criminalité, terrorisme, immigration…etc). C’est le scénario catastrophe, mais bien réel, présenté dans le cadre du 7e sommet Africités 2015, qui se tient du 29 novembre au 3 décembre, à Johannesburg (Afrique du Sud). «Pour y remédier, les gouvernements locaux doivent travailler, s’unifier, créer des passerelles au lieu des murs qui séparent les pays…afin de mettre en œuvre des stratégies communes, transparentes, et efficaces, au profit des citoyens africains», recommandent d’emblée les organisateurs du Sommet. Et d’ajouter: «il faut disposer au moins de standards minimums pour assurer les bonnes conditions de vie, la transparence dans la gouvernance locale, la stabilité, le développement durable, la lutte contre la pauvreté et l’insécurité». «Tels sont d’ailleurs les challenges de l’Afrique, dont les pays sont solidaires avec Paris, Bamako, et Tunis, des villes victimes récemment d’attentats», résume Patrick Klugman, maire adjoint de Paris. Même son de cloche auprès de Aicha Abdullahi, Commissaire aux Affaires Politiques de l’Union Africaine, qui appelle à «l’élaboration de stratégies efficaces pour les prestations de services pour une Afrique prospère à l’horizon 2063». Pour aller vite, Abdullahi propose de «commencer à travailler, dès 2016 –année des droits humains-, sur les droits des femmes africaines».

Mais, de tous les intervenants, Khalifa Ababacar Sall est celui qui sera le plus applaudi. Le maire de Dakar (Sénégal) et également président de CGLU-A (Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique) n’a pas mâché ses mots. S’adressant à tous les élus du continent, ce dernier a noté «l’importance de consolider l’unité de nos nations. Autrement, nous ne serons animés que par des slogans, dont nos populations en ont assez». Dans un contexte de plein espoir, les politiques nationales doivent porter sur le développement local. «Il faut conduire une urbanisation humaine, basée sur l’homme et la femme. Les populations doivent réfléchir, concevoir, mettre en exergue et bénéficier des politiques publiques», estime Ababacar Sall. De cette manière, l’on pourrait bâtir l’Afrique à la base et par la base, éviter les divisions, et renforcer l’union. Pour ce dernier volet, les pays africains doivent avoir confiance dans leur synergie. «Nous sommes riches de nos ressources minières et humaines et nous pouvons construire des citoyens et élire des leaders et les sanctionner en cas d’échec», renchérit le maire de Dakar. Et de poursuivre: «les territoires locaux doivent être viables, grâce à des alliances entre les gouvernements centraux et les élus locaux, car penser global suppose agir local». Cette équation ne peut réussir que si les autorités locales sont transparentes, compétentes, viables, et non corrompues. «Bref, il faut se respecter, se prémunir contre la corruption, pour se faire respecter», martèle Ababacar Sall. En tout cas, l’Agenda 2063 appelle à l’utilisation de la raison pour assurer une «Afroresponsabilité» et explorer les perspectives des gouvernements locaux, comme l’indique Alioune Sall, président du comité de prévoyance des Africités 2015.  «Liberté, pouvoir et volonté»,  sont les maîtres mots de ce dernier qui note que «le désir d’avenir est une condition nécessaire pour transformer le monde». Selon lui, «le temps des politiques n’est pas long comme celui des poètes… il leur donne toutefois les moyens pour être des hommes d’Etat et réagir dans l’immédiat». Ils doivent être «férus d’histoire et pleins de prospectives pour gouverner» et pour que demain fera jour», termine Sall  avec une allusion au Général Charles De Gaulle.