Bilan de l’an 1 de l’Acte 3 de la Décentralisation – Les élus locaux mettent à nues les nombreuses incongruités

XALIMA NEWS – Les élus locaux des dix-neuf communes de Dakar ont dressé hier, lundi 15 juin, un bilan négatif de l’an un de l’acte 3 de la décentralisation. Lors d’une assemblée générale tenue sur l’esplanade de l’hôtel de la ville de Dakar, les camarades de Khalifa Sall, après avoir soulevé plusieurs incongruités de cette réforme, ont adopté une résolution dans laquelle, ils invitent l’État à accélérer la cadence dans sa mise en œuvre.

A l’exception de Khalifa Sall (Ndlr : en voyage) et des maires des communes de Ouakam, de Yoff, qui ont envoyé leurs représentants, tous les maires des communes de Dakar ont pris part à cette première rencontre, depuis l’entrée en vigueur de l’acte 3 de la décentralisation. Prenant la parole, en premier lieu, pour expliquer les raisons de cette rencontre et faire en même temps l’état des lieux de cet acte 3, après un an d’exercice, le maire de la commune de Dieuppeul-Derklé, Cheikh Guèye, a dénoncé les incongruités constatées dans la mise en œuvre de cette réforme.

S’adressant à l’assistance, fortement mobilisée, au point qu’il n’y’ait plus de places libres sur des centaines de chaises installées sous les huit bâches dressées pour l’occasion, l’édile dakarois a notamment déploré la politique de « deux poids, deux mesures » des autorités en place dans la mise en œuvre de l’acte 3. S’exprimant en langue wolof, Cheikh Guèye a indiqué à l’auditoire fortement dominée par la gent féminine que l’État cherche, à travers certains ministres, à faire payer à la population de Dakar son vote au bénéficie des élus de l’opposition. «En 2012, lors de la campagne électorale, nous avions tenu beaucoup de promesses allant dans le sens de construire Dakar. Mais, forces est de constater, qu’il ne sera pas du tout facile de respecter ces engagements. Si l’État n’apporte des corrections à la réforme de l’acte 3, les maires ne pourront tenir leurs promesses. Pour cause, un an, après la mise en œuvre de cette réforme, nous avons tous fait le même constat : beaucoup d’incompatibilités», déclare le maire de Dieuppeul-Derklé.

Poursuivant sa communication, cheikh Gueye a dénoncé, entre autres, les difficultés liées à l’incohérence entre le transfert des charges et celui des moyens aux collectivités locales, le retrait aux communes de certaines taxes comme la patentes ou encore la taxes sur l’énergie consommée. Recettes qui, selon lui, constitue la principale source d’alimentation des budgets des collectivités.

Abondant dans le même sens, le maire de Dakar-Plateau Alioune Ndoye a estimé que l’histoire a tout simplement donné raison à ceux qui avaient émis des doutes sur la capacité de cette réforme à asseoir des collectivités valables et prospères.

« L’État n’a tenu aucun de ses engagements. Mieux, il procède au transfert des charges aux collectivités locales en gardant pour lui des moyens destinés au financement de ces charges», indique-t-il.

Annonçant un mémorandum, il a notamment plaidé au respect des acquis mais aussi le renforcement des moyens des nouvelles communes.

Il a ainsi demandé l’augmentation des fonds de dotations à plus de 5%, l’institution d’une taxe sur les bénéfices de la Sonatel destinée à l’appui des communes de Dakar. Soulignant que ces taxes existent déjà et il suffirait seulement de les réaffecter aux communes, Alioune Ndoye a notamment alerté sur la situation financière difficile que traverse les communes de Dakar.

 

Dans ce sens, il a estimé que beaucoup de communes pourraient dans les prochains jours confrontées à des problèmes de paiement de salaires. Toujours dans sa communication, le maire du Plateau, évoquant son bras de fer actuel avec une partie des marchands ambulants, a lancé un appel à la solidarité à ses collègues.

 

La mise en garde de Moussa Sy sur la retraite de la taxe sur l’énergie

 

Prenant la parole à son tour, l’édile des Parcelles assainies a axé sa communication sur la dénonciation des pratiques «peu orthodoxe». Sur un ton ferme, Moussa Sy a notamment dénoncé l’immixtion de certains services de l’État dans les missions dévolues aux communes. Il a ainsi mis en Le maire des Parcelles-assainie a estimé que ces trois démembrements de l’État veulent se substituer aux communes dans la collecte de la taxe sur l’énergie consommée, la construction des rond points et la collecte de la patente portant sur le droit de stationnement. C’est pour ensuite avertir que les maires sont plus déterminés à défendre leurs droits.

Poursuivant son propos, Moussa Sy n’a pas manqué de réfuter l’argument «d’une redistribution juste et équitable des taxes sur taxe sur l’énergie consommée et la patente au niveau national », évoqué par les autorités pour justifier leur décision.

 

Il évoque à cette effet, le cas des communes de Rufisque et de Richard Toll qui, selon lui, garderaient pour eux les taxes issues respectivement de la Sococim et de la Compagnie sucrière sénégalaise (Css). « Le Sénégal n’émergera jamais sans les communes de Dakar », dira t-il, avant d’inviter l’État à accélérer la mise en œuvre de la deuxième phase de l’acte trois.

 

Sud Quotidien