KHALIFA ABABACAR SALL, MAIRE DE DAKAR : Un poster de transparence

Khalifa Ababacar Sall. Ce socialiste quinquagénaire porté à la tête de la mairie de Dakar, après la victoire de «Bennoo Siggil Senegaal», aux élections locales de 2008, a changé la gouvernance publique, aussi bien locale que gouvernementale.

Faire la politique autrement en apprenant à tout dire aux gens. C’est l’engagement qu’avait pris Khalifa Ababacar Sall, dès son accession à la mairie de Dakar, au lendemain des élections locales de 2009. L’acte un de sa promesse a été une déclaration de patrimoine. Au nom de la transparence, le maire socialiste a ainsi, publié la liste de ses biens mobiliers et immobiliers, devant un jury d’honneur composé, entre autres, de Amadou Makhtar Mbow, Cheikh Hamidou Kane, Mouhamadou Mbodj du Forum civil.

Ce premier jalon avait éveillé une controverse au sein du Parti socialiste (Ps), son propre camp. Mme Aminata Mbengue Ndiaye avait clairement exprimé son désaccord par rapport à cette démarche. Et révélé que Khalifa Sall ne s’est jamais ouvert au Ps de sa décision de faire une déclaration de patrimoine 

Mais ce natif de Grand-Yoff, homonyme de Khalifa Ababacar Sy, avait indiqué que son équipe avait été inspirée par les Assises nationales. C’est pourquoi, il a préconisé la transparence et la gestion participative. «Grâce à Dieu et à cette gestion inclusive et participative, nous n’avons pas de problème dans le Conseil municipal. Chacun de nous peut assumer le bilan de l’équipe. C’est cela notre chance. Le maire à lui seul ne peut rien faire. La gestion est inclusive. Je ne suis qu’un animateur, je ne suis même pas le dirigeant», confesse l’ancien lycéen de Blaise Diagne.

Après la déclaration de patrimoine, l’autre empreinte de transparence posée par le Socialiste, a été l’ouverture au public des délibérations du Conseil municipal. Des délibérations portant sur les virements de crédits, l’examen et l’adoption du compte administratif, la convention de location d’immeubles, la hausse des taxes sur l’urbanisme et l’habitat… 

Pour le recasement des marchands ambulants, une délibération du Conseil municipal de Dakar avait donné, en octobre 2010, l’autorisation au maire d’acquérir 5 terrains au nom de la ville. Cette délibération avait soulevé l’ire du Président Wade. Ce dernier avait même demandé au préfet de Dakar «de ne pas avaliser cette délibération et instruit le ministre de la Justice, Cheikh Tidiane Sy, de faire ouvrir une information judiciaire contre Khalifa Sall». Mais l’entourage du maire de Dakar a préféré ne pas revenir sur ce différend.

 

«Cette question ne peut pas être abordée ici. Nous y reviendrons au cours d’une rencontre avec la presse prévue en janvier 2011», promet Babacar Thioy Bâ, conseiller spécial du Maire.

 

«Serigne Babacar, c’est quelqu’un à qui je dois la vie»

Khalifa Sall veut refléter les vertus de son homonyme. L’animateur de l’équipe municipal raconte : «Serigne Babacar Sy était d’une grande foi, un homme de convictions. Il avait le sens du respect de l’autre, l’humilité, la modestie, la culture de l’honnêteté, la vérité, la préservation de l’honorabilité et de la dignité. C’était quelqu’un qui savait qui il était, ce qu’il représentait et pourquoi il était là. S’il a pu propager l’œuvre de son père, c’est parce qu’il a été imbu de toutes ces valeurs. J’essaie de m’adapter à ces valeurs. C’est quelqu’un à qui je dois la vie.»

 

D’une famille walo-walo, le maire de Dakar est également d’une bonne école. Jeune député, cet ancien étudiant de l’Université Cheikh Anta Diop (Ucad) a été encadré par des hommes d’honneur, et de dignité. «Je rends toujours hommage à Aziz Ndao et Daouda Sow. Tout ce que j’ai pu faire en matière d’études, après mon mandat, c’est grâce à Dieu et à Daouda Sow qui m’a poussé à aller étudier, me former. C’est lui qui m’a aidé à organiser ma vie d’homme et ma vie d’homme politique.

J’ai eu la chance d’être député dans le premier gouvernement de Abdou Diouf. J’ai fait mon premier mandat avec Jean Collin, Jacques Diouf, Guillabert (André. Ndlr), Alioune Badara Mbengue… C’était pour moi, une vraie école de la vie, une initiation à l’action politique», se rappelle-t-il, la voie étreinte d’émotion.

 

Militant socialiste dès l’âge de 11 ans

Sans aucune maîtrise de l’idéologie socialiste, le jeune Khalifa a acquis sa carte de membre en 1968, après le cycle primaire à Grand-Yoff. «En 68, nous avons passé le concours d’Entrée en sixième en octobre. J’ai demandé pourquoi cela. Les gens m’ont dit que c’est lié à la grève. Et là, je me suis dit que Senghor ferait l’affaire, du fait qu’il est parvenu à résister au mouvement. Orienté au Lycée Blaise Diagne, j’ai revendu quatre tickets de transport aux élèves de l’Ecole nationale de secrétariat, à 15 francs. C’est avec cet argent que je me suis payé une carte du Ps à 50 francs Cfa. C’est comme cela que je suis entré dans le Ps. Je ne comprenais rien à l’idéologie». Il n’avait que onze ans. Malgré son jeune âge, des responsabilités lui ont été confiées dans le parti. «J’étais encadré par Moustapha Niasse qui m’a accueilli dans le parti. Djibo Kâ m’a encadré comme jeunesse socialiste.»

 

Les premières réformes du mouvement des jeunes, c’était Khalifa, sous la houlette de Djibo Kâ et du Président Diouf qui lui a fait confiance très tôt. «Diouf m’a permis d’apprendre beaucoup de choses à l’Assemblée nationale, dans le gouvernement. J’ai eu la chance d’être encadré, pris en main, par le Premier ministre Habib Thiam et par des gens qui savaient travailler, notamment, Pape Ousmane Sakho, Mamadou Lamine Loum, Aïssatou Niang Ndiaye… Ils m’ont accompagné, formaté dans la gestion économique et financière. Cela m’a été beaucoup utile. Ils m’ont inculqué des valeurs et des vertus.»

 

Fan de Thione Seck

Ce monogame, père de cinq enfants, aime la musique. Il a cheminé depuis bientôt trente ans, avec Thione Seck. «Je connais tout le répertoire de Thione, toutes ses chansons. C’est un grand parolier. Un autre musicien dont j’aime beaucoup la musique et qui s’est révélé un modèle, c’est Youssou Ndour. Mais ce sont les paroles de Thione Seck qui m’ont beaucoup marqué», dévoile-t-il.

 

A l’instar des jeunes de son quartier natal, cet admirateur des défunts marabouts, Serigne Fallou, Baye Niasse et Thierno Seydou Nourou demeure un sportif. «J’étais arbitre dans le mouvement navétane, je pratique beaucoup le sport. J’adore l’athlétisme et le basket. Ce sont les disciplines que je soutiens le plus.»

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