Les maires de Dakar en ordre de bataille : acte 3 de la décentralisation

 

L’Acte 3 de la décentralisation n’a pas fini de faire couler de la salive. Hier, les édiles du département de Dakar se sont réunis à l’hôtel de ville pour dénoncer la volonté des autorités de vider les 20 communes de Dakar de leur substance en les dépossédant de leurs ressources financières.

Si des mesures ne sont pas prises, l’on s’achemine vers une destruction programmée des collectivités locales. L’alerte émane des maires des communes du département de Dakar. Réunis hier en Assemblée générale à l’hôtel de ville, ces édiles souhaitent alerter sur les conséquences financières de la réforme du Code des collectivités.

«Nous avons fait des constats, nous avons relevé des incongruités, selon nous, qui consistent à prendre les ressources principales des collectivités locales pour les vider et les mettre dans des fonds globaux que nous devons partager avec toutes les collectivités locales», dénonce Alioune Ndoye, maire du Plateau.

Le courroux des édiles trouve sa source dans le projet de modification de la répartition de la patente «pour la distribuer aux collectivités locales sans tenir compte du critère territorial à la base de cet impôt». Moussa Sy donne également l’exemple de la taxe sur l’électricité consommée, perçue par chaque collectivité locale sur la base de la consommation d’électricité dans son territoire.

Dans les nouvelles dispositions, cette taxe est destinée à alimenter un fonds d’entretien de l’éclairage public pour toutes les collectivités locales du pays. Selon M. Sy, elle représente près 30% du budget des communes.

«En fait de réforme de la fiscalité locale, le sentiment est que le gouvernement veut diminuer les capacités financières des collectivités locales de Dakar et remettre en cause leur équilibre budgétaire», fustige le maire de Plateau qui dénonce aussi les actions du ministère de l’Energie et du Renouveau urbain et du cadre de vie ainsi que celles de l’Ageroute qui s’immisce dans la gestion de compétences dévolues aux communes.


L’Assemblée générale des maires, qui a pris les allures de meeting politique, a permis aux édiles d’indexer les nouvelles dispositions qui suppriment la dotation annuelle de 2,4 milliards que la ville de Dakar faisait aux communes. L’Etat qui devait suppléer à ces ressources n’est pas à la hauteur des attentes des maires.

«Les communes se trouvent aujourd’hui à la limite de ne plus pouvoir financer les services locaux dont elles ont la charge en raison des nouvelles charges induites par l’entrée en vigueur du Code général des collectivités locales», indiquent les maires dans un mémorandum.

Selon Alioune Ndoye, Moussa Sy et les autres édiles, pour l’année 2015, les communes n’ont reçu que le cinquième de ce qu’elles recevaient. Moussa Sy explique que les Parcelles Assainies, avec une masse salariale de 575 millions de francs, n’ont reçu que 44 millions cette année là où la ville de Dakar leur allouait quelque 254 millions de francs. Cette situation est très durement ressentie au niveau des collectivités locales qui peinent à assurer leurs obligations.

Selon Moussa Sy, la prise en charge des personnels de santé est devenue une charge trop lourde pour les communes. «C’est un signal d’alarme ou un cri de détresse. Mais nous tirons la sonnette d’alarme pour dire aux autorités que les Dakarois que nous sommes n’accepterons pas une certaine instrumentalisation de la loi sur la décentralisation», lance Alioune Ndoye.

Les édiles n’excluent pas non plus des soubassements politiques dans cette réforme.